Juin 2024 : le Rhône sort de son lit. Dix-huit mois plus tard, à Sous-Géronde, l’attente demeure.
Ce travail documentaire explore les traces durables de l’inondation à Sierre. Loin du fracas de la crue, les images racontent l’après : le silence des bâtiments inoccupés, les espaces en suspens, et la lente reprise du paysage par une nature qui poursuit son cours.
Ce travail documentaire explore les traces durables de l’inondation à Sierre. Loin du fracas de la crue, les images racontent l’après : le silence des bâtiments inoccupés, les espaces en suspens, et la lente reprise du paysage par une nature qui poursuit son cours.
Sierre - Dimanche 21 décembre 2025.
Sous un ciel clément, en ce premier jour d’hiver plutôt doux, j’ai parcouru le quartier de Sous-Géronde, appareil en main. Durant toute ma déambulation, je n’ai croisé personne.
Fin juin 2024, des pluies d’une intensité exceptionnelle, combinées à une fonte des neiges encore active, ont provoqué d’importantes crues du Rhône en Valais central. À Sierre et dans les communes voisines, l’eau est sortie de son lit, entraînant l’évacuation de plusieurs centaines de personnes et causant des dégâts majeurs aux habitations, aux infrastructures et aux équipements publics.
À l’échelle cantonale, le coût des dommages liés à ces crues a été estimé à près de 200 millions de francs. Les assurances ont couvert une part significative des pertes, mais pour de nombreux sinistrés, les indemnisations se sont révélées partielles, en raison des franchises, des plafonds de couverture ou des déductions pour vétusté.
À Sous-Géronde, quartier situé en bordure immédiate du fleuve, certaines habitations ont été durablement touchées. Dix-huit mois plus tard, les bâtiments restent inoccupés, fragilisés ou en attente de rénovation. Des habitants n’ont pas retrouvé de solution définitive.
Le quartier n’est plus dans l’urgence, mais il n’est pas encore revenu à une normalité ordinaire. Cette situation a pris une dimension politique récente. Le 18 décembre 2025, le Grand Conseil valaisan a refusé la création d’un fonds cantonal d’indemnisation spécifique destiné aux victimes des crues de 2024. Une aide complémentaire, estimée à environ 5 millions de francs, avait été proposée pour soutenir les ménages confrontés à des restes à charge importants.
Le refus de cette mesure a renforcé, chez les sinistrés de Sous Géronde, le sentiment d’être laissés seuls face aux conséquences durables de la catastrophe.
Le portfolio photographique qui accompagne ce texte documente ce qui subsiste après le retrait de l’eau. Les images ne montrent pas l’inondation. Elles montrent l’après. Des rues bordées de murs de protection et de maisons condamnées. Des chaussées encore couvertes de sédiments, des immeubles clos, des jardins transformés en dépotoirs provisoires. La végétation qui s’installe là où l’entretien s’est interrompu. Un chat, présence discrète dans un territoire devenu incertain. Des entrées barrées, des volets fermés. Et, à travers une vitre sale, l’intérieur vide d’une pièce.
Ce travail photographique documente un temps souvent peu visible : celui de l’après, quand l’événement est passé mais que ses effets demeurent. Un temps fait d’attente, d’immobilité et d’incertitude. Un quartier encore suspendu entre protection, abandon et reconstruction.