04/01/2026 - Après le fracas du drame et les hommages officiels, la station valaisanne s'est figée dans un recueillement pudique. Récit d’une journée où l’émotion a changé de visage.
Dimanche, à Crans-Montana, le site de l’incendie du bar Le Constellation reste un point de rassemblement. La cérémonie d’hommage des pompiers, ce matin, a été largement relayée par les médias, locaux et internationaux. Je n’y ai pas assisté et me suis plutôt intéressé à l’après, à ce moment où l’émotion n’est plus spectacle ni protocole, mais un poids silencieux que chacun porte à sa manière.
La presse est encore présente, trépieds et micros à portée de main. Quelques visages connus glissent dans la foule, presque anonymes sous leurs bonnets. Mais le vrai sujet, c’est ce calme étrange. Une foule mêlée, de toutes générations et de tous genres, de visages venus d’ici et d’ailleurs, Suisses et étrangers confondus. Les groupes chuchotent, les pas se font lents. Les regards se croisent, lourds et souvent humides. On dépose un bouquet, on allume un cierge, on pose un texte manuscrit, et l’on s’éloigne avec précaution.
Tout a basculé au milieu de la nuit du Nouvel An. 1 h 30. Un bar plein à craquer, la musique, la fête, et soudain le feu. Sur les vidéos qui ont circulé, on voit un réflexe étrange : certains jeunes, au lieu de fuir, tendent leur téléphone pour filmer. Ce n’est pas de la malveillance, juste une forme de paralysie, un réflexe d’époque où le partage immédiat se mêle à l’instinct de survie. Ces quelques secondes, où l’image prime sur l’action, interrogent sur nos priorités collectives sans jugement.
Le bilan officiel est tombé : 40 morts, 119 blessés. Parmi les victimes, des mineurs, certains à peine âgés de 14 ou 16 ans, et des adultes. Ces chiffres, secs et terribles, traversent le lieu. Ils se lisent dans les gestes simples, les messages écrits à la main, dans le silence des regards.
Pour un photographe, la présence est délicate. Il faut capter cette douleur sans la trahir, traduire ce que chacun vit entre soi sans rompre l’intimité. Être témoin et fantôme à la fois, montrer la solidarité, la manière dont chacun tente de se réapproprier le sol sous ses pieds, après avoir tout perdu.
À Crans-Montana, ce dimanche, les grands discours n’ont plus cours. L’hommage se lit dans les gestes discrets, dans les regards qui cherchent leur place, dans le murmure collectif qui rappelle : pour ceux qui restent, rien ne sera plus jamais comme avant.

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